Ce 22 et 23 octobre 2026 a eu lieu à Grenade (Espagne) le congrès de clôture du projet MARY4ALL. Ce projet est issu d’une coopération entre diverses institutions européennes avec pour objectif principal la préservation du patrimoine historique grâce au numérique. Le projet voyage de villes depuis plus d'un an et demi.
Congrès à Grenade
L’objectif de ce congrès était de présenter le projet et ses conclusions ainsi que réunir des experts dans les domaines de l’histoire, histoire de l’art, la culture, la gestion, les directeurs de musées; mais aussi des spécialistes de la technologie digital et de l’IA dans le domaine de la médiation culturelle.
Au cours de ces deux journées, plusieurs sessions ont été consacrées à des thématiques variées comme l’IA et le patrimoine culturel, l’histoire digitale et l’histoire publique, éthique et durabilité dans l’IA culturel et les nouveaux modèles de la médiation culturelle. Le programme était également rythmé par des débats et des échanges autour de ces différents sujets. Ce congrès était organisé par le réseau de coopération des chemins de l’empereur Charles Quint.
En qualité de partenaire principale, une délégation belge du Musée royal de Mariemont était présente. Pour les accompagner, Maxime Couvreur, représentant de la Délégation Wallonie-Bruxelles en Espagne, était également présent lors des échanges autour du projet.
Le projet MARY4ALL
Le projet est né de plusieurs constats. Il relève d’un nouvel intérêt public pour la popularisation de l'histoire et surtout d’un besoin de connaissances éclairées sur l’histoire européenne. Il y a également une absence d’univers sonore, surtout dans les récentes collaborations entre universités et musées, développées par les digital humanities dans le domaine de l’architecture.
Les objectifs qui en découlent sont les suivants. L’un des buts premiers est d’innover en termes de médiation culturelle, afin d’aider à préserver le patrimoine historique dont les patrimoines architecturaux et musicaux du 16e siècle. Ce projet a pour ambition de mêler recherche et numérique à travers des expériences multisensorielles, en s’appuyant sur les nouvelles technologies pour valoriser et faire revivre le patrimoine culturel européen. Grâce à la reconstitution de modèles 3D de pièces du domaine de Mariemont et du palais de Binche, ainsi qu’à la création d’images, d’animations, de vidéos et de contenus sonores, il permet notamment de redécouvrir des arts aujourd’hui disparus, comme la musique d’une cérémonie organisée par Marie de Hongrie en l’honneur de son frère Charles Quint et de son neveu Philippe II. Ces reconstitutions ont également permis de recréer le pavillon de chasse et les jardins du domaine de Mariemont où résidait Marie de Hongrie en Belgique. Véritable initiative d’innovation en matière de médiation historique, le projet offre ainsi une nouvelle perspective sur la Renaissance. Cette démarche a été rendue possible grâce à la collaboration de plusieurs institutions européennes, parmi lesquelles figurent deux partenaires belges : le Musée royal de Mariemont, qui a assuré la direction du projet, et la KU Leuven.
Le domaine de Mariemont
Le domaine de Mariemont occupe une place centrale dans le projet MARY4ALL. Le musée a également contribué à l’exposition Le rêve d’une princesse de la Renaissance en prêtant de nombreuses œuvres. Il a ainsi été le premier à faire découvrir au public les expériences multisensorielles développées dans le cadre du projet qui s’appuie sur la représentation historique de Marie de Hongrie. Elle fut la gouvernante des anciens Pays-Bas, à la demande de son frère Charles Quint, dont faisait partie la Belgique. Femme de pouvoirs, elle a fiancé des guerres mais exigeait surtout la paix. Passionnée par les arts, la musique et la chasse, elle fit construire le palais de Binche, ainsi qu’un pavillon de chasse.
Le domaine de Mariemont, dont le nom est tiré du “mont de Marie”, fut édifié au 16e siècle à la demande de Marie de Hongrie. À l’origine propriété privée et pavillon de chasse réservé à celle-ci, il était principalement destiné à la pratique de son loisir favori: la chasse, mais il a également été le lieu de fêtes. Après son décès, le domaine de Mariemont est passé par diverses propriétaires, qui ont tous entrepris des travaux de rénovations ou de modernisation du château. Au 20e siècle, Raoul Warocqué, propriétaire à l’époque et fervent collectionneur, lègue le domaine à l'État belge. Quelques années plus tard, ce domaine de 45 hectares ouvrira ses portes au public donnant accès au Parc et au musée constitué des collections de Raoul Warocqué.
Dans les années 70, après un incendie qui a tout détruit, le musée, totalement rénové, réouvre ses portes sous un nouveau nom: Musée royal de Mariemont. La Fédération Wallonie-Bruxelles devient la propriétaire du domaine tout entier, avec comme mission de “conserver, analyser et promouvoir son patrimoine et ses collections vers le public.”
Gilles Docquier, conservateur de la section Histoire régionale et domaniale, et Kathleen Louw, gestionnaire de dossiers européens du Musée royal de Mariemont, nous raconte comment s’est déroulée l’expérience MARY4ALL ainsi que le congrès.
Comment avez-vous vécu la préparation et le déroulement de ce projet MARY4ALL ?
Gilles Docquier nous raconte que le soutien du programme Europe Creative a permis de mutualiser leurs expertises, de renforcer leur collaboration et de mener à bien leur projet, en dépassant même les objectifs initiaux grâce à des contenus et modélisations supplémentaires. Les retours des visiteurs ont été très positifs, tant à Mariemont que dans les quatre lieux d’itinérance (Mühlberg, Palais de Coudenberg, Villaviciosa et Grenade). “De 2024 à 2026, nous avons ainsi vécu une collaboration exemplaire, riche en échanges et en moments forts.”
Kathleen Louw nous explique que durant deux ans, la collaboration s’est construite autour d’échanges de qualité et du respect des expertises de chacun, facilitant les décisions et la bonne avancée du projet. Cette expérience a renforcé la réputation de Mariemont en Wallonie comme institution de référence pour ce type de coopération et encourage ses conservateurs à développer de nouvelles initiatives.
Que représente ce projet pour la Wallonie ?
Selon Gilles Docquier, pour la Wallonie, MARY4ALL a été l’occasion de mettre en lumière une page importante de notre histoire commune européenne. Grâce à la collaboration de partenaires internationaux, ce projet a permis de rendre cette histoire visible et audible. La période étudiée est essentielle pour comprendre le rapprochement des territoires des anciens Pays-Bas, dont fait partie l’actuelle Wallonie, et rappeler le rôle majeur du comté de Hainaut sur les plans politique, administratif, artistique, architectural et militaire, notamment sous l’influence de Charles Quint et de sa sœur Marie de Hongrie.
MARY4ALL, explique Kathleen Louw, confirme également l’importance du programme Europe Créative pour les institutions culturelles wallonnes, en leur offrant des moyens supplémentaires et en favorisant une offre culturelle enrichie par l’expertise internationale.
Quel a été l’apport de l’événement organisé à Grenade au projet MARY4ALL ? Qu’avez-vous retenu des échanges avec les professionnels espagnols, et y a-t-il des idées ou des pratiques que vous pourriez réutiliser dans de futurs projets en Belgique ?
D’après Gilles Docquier, l’événement de Grenade a également souligné l’importance des échanges politiques, architecturaux et artistiques entre la Belgique et l’Espagne. Il a notamment mis en évidence la diffusion en Espagne de modèles développés pour Marie de Hongrie en Hainaut, à la suite du voyage de 1549 du futur Philippe II. Ces liens ouvrent des perspectives de nouvelles collaborations avec des institutions espagnoles. Enfin, les modélisations réalisées dans le cadre de MARY4ALL constituent une base précieuse pour approfondir et retracer l’évolution du site de Mariemont au fil du temps.
Kathleen Louw ajoute que de leur côté, ils ont été impressionnés par la gestion de l’Alhambra, malgré ses nombreux défis, ainsi que par l’efficacité de sa communication et les retombées médiatiques du projet. La conférence a aussi révélé la place importante de figures comme Charles Quint dans la mémoire collective espagnole et leur potentiel pour créer des contenus numériques à visée didactique.
Que permet la présentation du patrimoine lié à la dynastie des Habsbourg lors d’un événement international comme celui de Grenade ? En quoi cela contribue-t-il à faire connaître le patrimoine belge à l’étranger ?
Gilles nous expose que la langue espagnole garde la mémoire des somptueuses fêtes organisées par Marie de Hongrie à Binche et Mariemont en 1549, à travers l’expression « Mas bravas que las fiestas de Bins ». L’exposition et les modélisations de MARY4ALL permettent au public, notamment espagnol, de découvrir ces lieux de pouvoir et de mieux comprendre leur influence sur la genèse de plusieurs résidences royales espagnoles, aujourd’hui emblématiques du patrimoine national.
Comment s’est déroulée la gestion de ce projet au sein de différentes villes européennes par lesquelles sont passées les expositions ?
Kathleen nous explique : “La gestion de l'itinérance des installations du projet s'est très bien passée, grâce notamment à la solidité de notre partenaire espagnol Red de Cooperación de las Rutas del Emperador Carlos V, qui a pu identifier des sites membres de ce réseau. Chaque responsable de site a connecté l'histoire du site avec Marie de Hongrie, et de ce fait élargissant pour un moment le champ de l'histoire racontée.”
Pourquoi le format digital de conservation du patrimoine culturel/architectural est important selon vous ?
D'après Kathleen, le numérique permet de reconstituer visuellement et auditivement un patrimoine disparu, tout en offrant une approche pluridisciplinaire, accessible et pédagogique au grand public. Il favorise également la diffusion du patrimoine à moindre coût : les installations numériques ont ainsi touché près de 20 000 personnes, en complément des 35 000 visiteurs de l’exposition “Marie de Hongrie. Art & Pouvoir à la Renaissance”, qui les accueillait
Comment vous envisagez le rôle de WBI dans l’accompagnement de ce type de projets, mais aussi connaitre votre retour d’expérience sur les échanges et la collaboration avec la Délégation ?
Gilles nous décrit la collaboration avec WBI Madrid comme particulièrement fructueuse. Il explique que la mission menée à Madrid en janvier dernier leur a permis de rencontrer de nombreux acteurs et institutions culturels et patrimoniaux, notamment au palais de l’Escurial, tout en bénéficiant d’un accompagnement efficace. Elle a également été l’occasion de faire connaître le Domaine & Musée royal de Mariemont et son exposition phare de la saison 2025-2026.
Il ajoute : “grâce à ses réseaux, à la qualité de son organisation, à la promotion de notre projet et à son soutien constant, l’équipe de WBI Madrid a largement contribué à la réussite de cette mission. Les contacts établis ouvrent des perspectives de collaborations futures avec des partenaires espagnols et renforcent la visibilité de Mariemont en Espagne ainsi qu’auprès de la communauté espagnole en Belgique.”
Le projet MARY4ALL fut une réussite en tous points, que ce soit pour son exposition itinérante ou le congrès à Grenade. Il a permis de créer de nouvelles opportunités, de nouvelles ambitions et des nouvelles idées pour le futur. Par ce projet, la Wallonie a pu être mise en avant à travers le domaine de Mariemont ainsi que les institutions belges qui y ont participé. Il a également permis de renforcer les liens européens et de partager l’histoire qui relie chacun d’entre nous.